Mexico 1968 : le Japon frappe à la porte des géants

Foot Japon

8/14/2026

Joueur japonais en action lors des Jeux olympiques de Mexico 1968
Joueur japonais en action lors des Jeux olympiques de Mexico 1968

Avant Mexico 1968, le football japonais se transforme

Lorsque le Japon se présente aux Jeux olympiques de Mexico en octobre 1968, le football japonais a déjà connu plusieurs évolutions importantes au cours de la décennie précédente. La sélection a participé aux Jeux de Tokyo en 1964, l'entraîneur allemand Dettmar Cramer a contribué à la formation de l'équipe nationale et des entraîneurs japonais, puis la Japan Soccer League est devenue en 1965 la première ligue nationale du pays.

L'expérience des Jeux olympiques de Tokyo 1964

Quatre ans avant Mexico, le Japon participe au tournoi olympique organisé à domicile. La sélection bat l'Argentine 3-2 lors de son premier match, après avoir été menée à deux reprises. Ryuichi Sugiyama égalise à la 54e minute, avant que Saburo Kawabuchi et Aritatsu Ogi ne marquent aux 81e et 82e minutes.

Le Japon s'incline ensuite 3-2 face au Ghana, mais termine deuxième de son groupe et atteint pour la première fois les quarts de finale du tournoi olympique. Il est éliminé par la Tchécoslovaquie, qui s'impose 4-0. Cette participation permet au Japon d'atteindre à nouveau les quarts de finale du tournoi olympique, comme en 1936.

Dettmar Cramer, au cœur du projet japonais

Dettmar Cramer arrive au Japon en 1960 comme entraîneur de la sélection nationale pour préparer les Jeux olympiques de Tokyo. Selon la Japan Football Association, il participe ensuite au renforcement du football japonais, à la formation des entraîneurs et aux fondations du développement des jeunes. La JFA le présente comme le « père du football japonais ».

La préparation de Tokyo ne constitue toutefois pas la fin de son implication. Pour les Jeux olympiques de Mexico en 1968, Cramer joue un rôle de conseiller auprès de la sélection japonaise. La JFA estime que son intervention contribue de manière importante à l'obtention de la médaille de bronze.

Le travail entrepris au début des années 1960 dépasse par ailleurs le seul cadre de l'équipe nationale. La JFA indique que Cramer contribue à former des entraîneurs et à poser les bases du développement des jeunes joueurs.

La Japan Soccer League est créée en 1965

Une autre étape intervient en 1965 avec le lancement de la Japan Soccer League, que la JFA présente comme la première ligue nationale du Japon. La compétition débute en juin de cette année-là.

Cette création intervient entre les Jeux de Tokyo et ceux de Mexico. Elle constitue un nouvel élément de la structuration du football japonais, alors que le championnat professionnel que connaîtra plus tard le pays n'existe pas encore.

En 1968, le Japon dispose donc d'une sélection qui a déjà participé à un tournoi olympique à domicile, d'un encadrement ayant bénéficié de l'apport de Cramer et d'une première compétition nationale. C'est dans ce contexte que l'équipe se rend au Mexique pour tenter de franchir une nouvelle étape après son quart de finale de Tokyo.

La suite va rapidement donner une autre dimension à cette progression : le Japon va commencer son tournoi olympique face au Nigeria, le 14 octobre 1968, avec un joueur appelé à devenir l'une des grandes figures de cette aventure, Kunishige Kamamoto.

Mexico 1968 : une préparation pensée pour l'altitude

À Mexico, les conditions de jeu ne sont pas celles auxquelles la sélection japonaise est habituée. La capitale mexicaine se trouve à plus de 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, un environnement qui constitue l'un des paramètres particuliers de la compétition.

Le Japon choisit donc d'anticiper son séjour olympique. La sélection se rend au Mexique dès mars 1968 pour y effectuer un stage de préparation. Plusieurs mois avant le début du tournoi, les joueurs peuvent ainsi découvrir le pays et s'entraîner dans les conditions qui seront celles de la compétition.

Un premier séjour au Mexique dès le mois de mars

Ce déplacement intervient plusieurs mois avant les Jeux. La préparation menée sur place permet à la sélection de prendre ses repères avant le rendez-vous olympique d'octobre.

Cette anticipation s'inscrit dans une préparation plus large, destinée à réunir les meilleures conditions possibles pour la compétition. Le Japon dispose alors de plusieurs mois pour poursuivre son travail avant de retrouver Mexico à l'automne.

Ken Naganuma dirige la sélection

À la tête de l'équipe, Ken Naganuma dirige la sélection japonaise. Il est notamment secondé par Shunichiro Okano et Ryuzo Hiraki. Ce dernier participe également à l'observation des futurs adversaires du Japon. Le staff prépare ainsi le tournoi en travaillant à la fois sur les aspects sportifs et sur la connaissance des équipes qui attendent les Japonais.

Japon 3-1 Nigeria : Kamamoto lance son tournoi

Le 14 octobre 1968, le Japon dispute son premier match du tournoi olympique face au Nigeria au stade Cuauhtémoc de Puebla.

Kamamoto ouvre le score

Le Japon prend l'avantage à la 24e minute grâce à Kamamoto. L'attaquant japonais inscrit ainsi le premier but de sa sélection dans la compétition. Le Nigeria égalise à la 33e minute par Samuel Oshode. Les deux équipes rejoignent les vestiaires sur le score de 1-1.

Le Japon fait la différence après la pause

Kamamoto redonne l'avantage au Japon à la 72e minute. Il complète son triplé à la 89e minute et porte le score à 3-1. Le Japon s'impose finalement sur ce score. Kamamoto inscrit les trois buts de sa sélection et signe le premier triplé japonais du tournoi.

Le prochain match du Japon est prévu le 16 octobre, toujours au stade Cuauhtémoc de Puebla, face au Brésil.

Japon 1-1 Brésil : le Japon tient tête à un géant

Le Brésil prend rapidement les commandes de la rencontre. Fernando Ferretti ouvre le score dès la 9e minute et permet aux Brésiliens de mener 1-0. Le Japon tente de réagir, mais ne parvient pas à égaliser avant la pause. Le score reste inchangé pendant une grande partie de la seconde période.

Le Brésil conserve son avantage

Avec un but d'avance, les Brésiliens contrôlent la rencontre et maintiennent le Japon à distance. La sélection japonaise doit attendre les dernières minutes pour trouver la faille.

Watanabe égalise à sept minutes de la fin

À la 83e minute, Masashi Watanabe remet les deux équipes à égalité. Entré en jeu à la 81e minute à la place d'Ikuo Matsumoto, il marque peu après son apparition sur le terrain.

Le Japon obtient finalement le match nul 1-1. Ce résultat lui permet de rester en bonne position avant son dernier match de groupe contre l'Espagne, programmé le 18 octobre au stade Azteca.

Japon 0-0 Espagne : le Japon atteint les quarts de finale

Le 18 octobre 1968, le Japon affronte l'Espagne au stade Azteca pour son dernier match de la phase de groupes. Les deux équipes ne parviennent pas à se départager et se quittent sur un score nul et vierge. La rencontre reste indécise jusqu'au coup de sifflet final. Aucun des deux camps ne trouve l'ouverture, et le Japon obtient le point nécessaire pour poursuivre son parcours dans la compétition.

Une qualification nette et sans bavure

Avec ce troisième résultat en trois rencontres, le Japon termine deuxième du groupe B derrière l'Espagne. La sélection japonaise se qualifie ainsi pour les quarts de finale.

Ce résultat confirme également la solidité défensive affichée par les Japonais durant la phase de groupes : après avoir encaissé un but contre le Nigeria et un autre face au Brésil, ils gardent leur cage inviolée contre l'Espagne.

Le tirage des quarts de finale réserve au Japon un nouvel adversaire européen : l'équipe de France.

Japon 3-1 France : Kamamoto envoie le Japon dans le dernier carré

Le 20 octobre 1968, le Japon retrouve la France en quarts de finale du tournoi olympique de Mexico. La rencontre se dispute au stade Azteca, où les deux équipes jouent leur place dans le dernier carré.

Kamamoto frappe deux fois

Le Japon ouvre le score à la 27e minute. Kunishige Kamamoto donne l'avantage à sa sélection, avant que Charles Tamboueon n'égalise pour la France à la 32e minute. Les deux équipes sont donc à égalité à la pause. Au retour des vestiaires, Kamamoto redonne l'avantage au Japon à la 59e minute. Masashi Watanabe inscrit ensuite le troisième but japonais à la 70e minute.

Le Japon s'impose finalement 3-1 et se qualifie pour les demi-finales.

Cette victoire permet au Japon d'atteindre pour la première fois les demi-finales du tournoi olympique de football. La sélection japonaise avait atteint les quarts de finale à Tokyo en 1964, mais elle franchit cette fois un tour supplémentaire.

Hongrie 5-0 Japon : le rêve olympique s’arrête en demi-finale

Le 22 octobre 1968, le Japon dispute sa demi-finale olympique au stade Azteca de Mexico. Après sa victoire contre la France en quarts de finale, la sélection japonaise affronte la Hongrie, championne olympique en titre. La Hongrie ouvre le score à la 30e minute par Lajos Szűcs. Le Japon rejoint la pause avec un but de retard.

Une tornade après la pause

La seconde période tourne à l’avantage de la Hongrie. Dezső Novák transforme un penalty à la 53e minute, puis Lajos Szűcs inscrit son deuxième but de la rencontre à la 60e. Novák marque à nouveau sur penalty à la 65e minute. Szűcs complète son triplé à la 75e minute.

La Hongrie s’impose finalement 5-0 et se qualifie pour la finale.

Le Japon doit se contenter du match pour le bronze

Cette défaite prive le Japon d’une place en finale, mais sa campagne olympique n’est pas terminée. Deux jours plus tard, la sélection japonaise dispute le match pour la troisième place face au Mexique, pays hôte du tournoi.

La médaille de bronze reste alors accessible pour les hommes de Ken Naganuma.

Japon 2-0 Mexique : le bronze devant 105 000 spectateurs

Le 24 octobre 1968, le Japon retrouve le stade Azteca pour le match pour la troisième place. Face au Mexique, pays hôte du tournoi, la sélection japonaise s'impose 2-0 et décroche la médaille de bronze.

Kamamoto frappe deux fois en première période

Le Japon prend rapidement l'avantage. À la 20e minute, Kunishige Kamamoto ouvre le score. L'attaquant japonais récidive vingt minutes plus tard. À la 40e minute, il inscrit le deuxième but de la rencontre et permet au Japon de rejoindre la pause avec deux longueurs d'avance.

Le Japon conserve son avantage

Aucun but supplémentaire n'est inscrit après la pause. Le Japon conserve son avance jusqu'au coup de sifflet final et s'impose 2-0. Cette victoire offre au Japon la troisième place du tournoi et la première médaille olympique de son histoire en football. Avec ses deux réalisations du jour, Kamamoto porte son total à sept buts dans la compétition et termine meilleur buteur du tournoi.

Le Japon quitte ainsi Mexico avec une médaille de bronze, quatre ans après avoir atteint les quarts de finale à Tokyo.

Kamamoto, meilleur buteur des Jeux olympiques 1968

Kunishige Kamamoto termine les Jeux olympiques de Mexico avec 7 buts, ce qui lui permet de devenir le meilleur buteur du tournoi. Le Hongrois Antal Dunai termine deuxième avec 6 réalisations.

Mais la performance de Mexico n'est qu'une partie de l'histoire de Kamamoto avec la sélection japonaise. Entre 1964 et 1977, l'attaquant dispute 76 matchs internationaux et inscrit 75 buts avec le Japon. Ce bilan fait toujours de lui le meilleur buteur de l'histoire de la sélection japonaise.

Un ratio exceptionnel

Avec 75 buts en 76 rencontres, Kamamoto affiche une moyenne de 0,99 but par match sur l'ensemble de sa carrière internationale. Son record dépasse largement celui des autres meilleurs buteurs japonais. Il conserve ainsi une place à part dans l'histoire de la sélection, plusieurs décennies après son dernier match international.

Mexico, le sommet d'une carrière internationale

En 1968, Kamamoto n'est encore qu'au début de son parcours international : il a fait ses débuts avec le Japon quatre ans plus tôt, aux Jeux olympiques de Tokyo. À Mexico, ses 7 buts lui offrent le titre de meilleur buteur du tournoi et accompagnent la médaille de bronze japonaise. Au terme de sa carrière internationale, son total atteint 75 réalisations en 76 matchs.

Les hommes du bronze

La sélection japonaise de Mexico est dirigée par Ken Naganuma, avec Shunichiro Okano et Ryuzo Hiraki dans l'encadrement. Le groupe compte 18 joueurs : Aritatsu Ogi, Hiroshi Katayama, Mitsuo Kamata, Kunishige Kamamoto, Yasuyuki Kuwahara, Ryuichi Sugiyama, Ryozo Suzuki, Kiyoshi Tomizawa, Masahiro Hamazaki, Ikuo Matsumoto, Teruki Miyamoto, Masakatsu Miyamoto, Takaji Mori, Shigeo Yaegashi, Yoshitada Yamaguchi, Eizo Yuguchi, Kenzo Yokoyama et Masashi Watanabe.

Une récompense collective

La médaille de bronze constitue la première médaille olympique remportée par une équipe asiatique dans le tournoi de football. La sélection japonaise reçoit également le Fair Play Award de la FIFA, distinction créée lors de ces Jeux. L'année suivante, elle reçoit le prix Fair Play de l'UNESCO.

À Mexico, cette équipe signe donc le meilleur résultat olympique du Japon en football jusqu'alors et inscrit durablement cette génération dans l'histoire de la sélection.

Pourquoi Mexico 1968 compte dans l'histoire du football japonais

La médaille de bronze remportée à Mexico constitue une étape majeure dans l'histoire du football japonais. Le Japon devient alors la première équipe asiatique à décrocher une médaille olympique en football.

Quatre ans auparavant, à Tokyo, la sélection japonaise avait atteint les quarts de finale. À Mexico, elle franchit un nouveau cap en se hissant dans le dernier carré avant de battre le Mexique dans le match pour la troisième place.

Le premier podium olympique asiatique

La victoire 2-0 contre le Mexique permet au Japon d'entrer dans l'histoire du football olympique. Aucune équipe asiatique n'avait remporté de médaille dans le tournoi avant cette édition. Cette troisième place constitue également, à ce jour, la seule médaille olympique remportée par la sélection masculine japonaise en football.

Conclusion

À Mexico, le Japon ne remporte pas seulement une médaille de bronze. Il franchit un cap. Quatre ans après avoir atteint les quarts de finale à Tokyo, la sélection japonaise se hisse cette fois dans le dernier carré avant de battre le Mexique dans le match pour la troisième place.

Avec ses sept buts, Kunishige Kamamoto termine meilleur buteur du tournoi. Mais cette aventure repose sur l'ensemble d'une génération, capable de rivaliser avec le Brésil, de battre la France et de décrocher le premier podium olympique asiatique de l'histoire du football.

Mexico 1968 devient ainsi un repère majeur pour le football japonais. La médaille ne constitue pas l'aboutissement d'une histoire, mais l'une des premières grandes preuves que le Japon peut désormais se mesurer aux meilleures nations sur la scène internationale.

Le Japon ne fait pas partie des géants du football. Mais à Mexico, il frappe clairement à leur porte.

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